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Carnets d'Himalaya |
Le pied du trekkeur L’inconvénient le plus ridicule, celui qui fait que vous êtes le moins un « vrai » trekkeur : la phlyctène… l’ampoule, si vous préférez. De toutes façons, on dit « bête comme ses pieds », s’y prendre « comme un pied » ; haro donc sur le pied ! 26 os, 16 articulations, 107 ligaments, 20 muscles : voilà le système extraordinaire que le trekkeur enferme dans sa chaussure, solide comme une place forte et puante comme un fromage, avec un seul but : ne plus y penser. Et pourtant, le pied, c’est ce qui me permet d’être un homme debout. Trekker, n’est-ce pas aller où nos pieds nous mènent ?… Réhabilitons donc cet organe que l’on ne saurait voir : trekkeuses, trekkeurs, prenez votre pied en le suivant ! |
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Le temps arrêté : Leh au Ladakh Aller à Leh, c’est remonter dans le temps : Le voyage en avion est encore une aventure : après l’annulation à cause du vent le premier jour, le retour si près du but le deuxième, ce n’est qu’au troisième jour que le 737 arrive à percer les nuages pour atterrir, après avoir zigzagué dans la vallée, sur l’unique piste. Un pays sans touristes, en hiver. Hormis pour les produits de première nécessité, tout est fermé ; il faut dire que le froid est vif : l’eau n’arrive plus à couler dans les maisons. Seuls «étrangers» présents, les militaires indiens : mais qu’est-ce qu’ils ont froid dans leurs bottes en caoutchouc ! Le petit Potala domine un paysage qui est le même depuis des siècles ; les peupliers et les maisons basses à toit plat donnent le sentiment d’une oasis éternelle. Les noms ont une saveur millénaire : Indus, la limite du monde pour Alexandre. |
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Vers le camp de base Certaines pierres sont plus résistantes et forment comme des îles sur ce flot du chemin que nous empruntons. Il y a dans cette marche quelque chose de l’ordre du bateau qui suit un fleuve : la poussière se soulève de dessous les pieds en petites éclaboussures qui retombent avec lenteur. L’air est sec et charrie finalement peu de parfums, excepté celui des fleurs qui commencent à venir. Les rhododendrons commencent à faire éclater leurs salves rouges ; et il y aussi ces magnifiques orchidées blanches. On rencontre pourtant l’odeur du crottin ou de l’urine de mule. Les bruits sont très peu nombreux : quelques oiseaux, un couinement de chaussure ou un frottement du vêtement qui accompagne la marche, ou encore le petit tuyau qui amène l’eau à la maison au bord du chemin et qui glougloute, qui chuinte ; les cloches des mules sont assez rares ; elles rendent un son aigrelet, mince qui ne rappelle pas le son gras et rond des vaches d’alpage. Parfois, près d’un village, on voit s’envoler toute une troupe de pigeons des neiges. Blanc et gris clair, avec une tête gris foncée qui contraste et de larges bandes blanches sur la queue, ils s’envolent à l’unisson, décrivent de grands cercles avant de se reposer un peu plus loin. Et pour permettre de prendre la mesure exacte de cette nature, on entend deux ou trois fois par jour la turbine de l’hélicoptère, bruit incongru, ravageur et parfaitement étranger à la qualité de cet environnement, où le randonneur retrouve son animalité, non qu’il se fasse tigre ou mule, mais le corps retrouve un espace d’existence : le muscle n’agit plus dans une machinalité inconsciente qui le renvoie à une absence d’existence ; son mouvement répété induit son existence devenue spatiale. |
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Dans la forêt humide Des fougères scolopendres poussent sur les rhododendrons géants tandis que passent les trekkeurs himalayens. |
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Monastère Les molosses, qui se retrouvent dans la plupart des monastères, enchaînés dans leur niche, sont réveillés par d’autres chiens plus petits. Les grondements sont tibétains. |
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Tashidelek Encore un de ces grands monastères tibétains, source d’une spiritualité millénaire, qui se transmet de génération en génération. |
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Le goût de thé : les cuisines du monastère de Drepung au Tibet
Aller à Leh, c’est remonter dans le temps :
Il y a celui de Proust : « Je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause ». |
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Yacks népalais |
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Chorten au Sikkim |
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Nuages Jours difficiles à Namche Bazar (3440m) dans le mauvais temps, les nuages et la neige qui donne l’effet d’être réellement en hiver. La saison est difficile car les nuages sont présents à partir de 11 heures ; la lumière est grise, blafarde ; il fait froid. On ne peut pas peindre dehors. On ne voit rien par les fenêtres. Ambiance un peu surréaliste d’un temps qui s’échappe dans un halo imprécis. Coup en fil en France : vague d’émotions, à la fois proches et lointaines. |
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Retour d’expé « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage… et puis est retourné… » à son hôtel. Qui dira la satisfaction du projet réalisé et puis ( et surtout ?), celle de quitter les chaussures humides qui puent, de prendre une douche pour décrasser fatigue et sueur accumulées, de laisser un sac de couchage trop étroit pour des draps propres, de s’alléger des quinze kilos d’un sac devenu à force difformité naturelle, de retrouver le plaisir de la première gorgée de bière… Passage entre l’action de l’aventure et l’action quotidienne, le retour d’expé est un moment post orgasmique de bonheur suspendu. Patrick Jager (Peinture : il s’agit de ma chambre d’hôtel à Darjeeling au retour du camp de base du Kangchenjunga.) |
Patrick JAGER - Hameau de l'Église - 38120 PROVEYSIEUX |
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